Chronique : Et si les virages affûtaient vraiment l’esprit ?
La moto, ça rend sourd, ça casse le dos et ça ruine, mais pas que...
On raconte que la moto, ça rend sourd, ça plombe le dos et ça ruine le portefeuille. Tout ça est vrai. Mais on oublie souvent une autre question : et si, au lieu de nous abîmer, elle nous rendait plus vifs d’esprit ? Derrière les gaz, les virages et les cafés tièdes avalés en bord de route, il y a peut-être une école discrète, une pédagogie par l’essence. Comme si la selle devenait, à force de kilomètres, une drôle de salle de classe.

Le cerveau branché en direct
Rouler à moto, ce n’est jamais juste « rouler ». C’est jongler en permanence avec tout un paquet de paramètres : l’adhérence, la trajectoire, la météo qui tourne d’un coup, la bagnole qui déboîte sans prévenir, la mécanique qui te parle dans les vibrations. À chaque seconde, ça turbine là-haut. Pas de pilote automatique : sur deux roues, tout reste vivant, imprévisible. Et cet effort constant d’attention, ça entretient les neurones mieux que n’importe quel sudoku.
Les chercheurs appellent ça la plasticité cognitive. Moi, j’appelle ça « éviter de finir dans le fossé comme une quiche ». Chaque virage devient une équation rapide, chaque freinage un petit examen surprise. Tu veux rester debout ? Alors tu apprends vite à anticiper, à lire la route loin devant, à réagir sans paniquer.
La mémoire qui s’imprime dans la peau
Les motards n’ont pas la mémoire des anniversaires – ça, on l’avoue sans honte – mais celle des routes. Mets-moi n’importe où en France : si j’y ai roulé une fois, je retrouverai la nationale, le bistrot au coin et même le virage vicieux derrière l’église. La moto imprime les souvenirs plus fort que n’importe quelle photo.
Pourquoi ? Parce que tout passe par les sens. L’odeur du pin au sortir d’un col, le froid qui mord les doigts dans les gants, la chaleur du moteur qui remonte dans les cuisses… Chaque balade devient une carte mentale qu’aucun GPS ne remplace.
L’humilité au détour d’une rafale
Rouler, c’est aussi apprendre à rester modeste. Tu crois maîtriser et puis un gravillon, une rafale de vent te rappellent que tu n’es qu’un type mortel sur deux roues fragiles. La moto t’enseigne la prudence, mais jamais la peur. Elle t’oblige à doser, à respecter la route, la machine et ceux qui la partagent avec toi.
Les anciens disaient « connais-toi toi-même ». Une journée sur circuit, c’est une version moderne : savoir où s’arrêtent tes talents, où commence la physique et où la bêtise prend le dessus.
Un collectif qui ne dit pas son nom
On croit souvent que la moto, c’est un truc de solitaire. Cliché. Même seul, tu ne l’es jamais vraiment. Les motards se reconnaissent, s’entraident, s’attendent. Une panne au bord de la route, un coup de main pour relever une bécane trop lourde, un conseil lâché à un débutant… Ça forge un esprit collectif que n’importe quel réseau social peut bien envier.
Et cette intelligence-là, elle vaut autant que celle des bouquins : savoir observer, écouter, transmettre.
L’art d’improviser
La moto, c’est une répétition générale de la vie : rien ne se passe comme prévu. Le pneu arrière glisse, le GPS t’envoie dans un chemin improbable, le ciel se fâche sans prévenir. Alors tu t’adaptes. Tu râles un peu, puis tu trouves une autre route, une autre solution.
Je repense à un retour de Bol d’Or, il y a vingt ans. Autoroute saturée, pluie de plomb. Avec un pote en Ducati, on a quitté l’autoroute et trouvé une nationale perdue, noyée dans le noir. Pas une voiture. Juste nos deux phares découpant l’obscurité. Ce soir-là, j’ai pigé que l’improvisation, ce n’était pas du hasard, mais un savoir-faire. Et qu’on l’apprend mieux au guidon que derrière un bureau climatisé.
Des neurones qui carburent au deux-temps
Alors, est-ce que la moto rend plus intelligent ? Disons qu’elle nous pousse à le devenir. Elle muscle l’attention, affûte la mémoire, apprend l’humilité, développe la solidarité et entraîne l’adaptation. Bref, c’est une école qui ne dit pas son nom.
Pas l’intelligence des diplômes ou des tableurs, mais celle qu’on ressent dans les tripes : dans le regard, dans la poignée de main échangée à la station-service. L’intelligence de la route. Celle qui sait que chaque virage peut être le dernier et qui choisit quand même d’y plonger, sourire aux lèvres.
Alors oui, la moto rend plus intelligent. Mais seulement ceux qui acceptent la leçon. Pour les autres, la route s’en charge. Et elle ne corrige pas au crayon.
Commentaires
Les virages, je les cherche comme un gamin de 65 ans. Faut que ça tourne, s'élargisse, se resserre, tournicotte, bref le calcul de trajectoires est le sudoku du motard. La courbe parfaite, le mieux possible, les pneus bien posés qui accrochent, la semelle de la botte qui frotte juste avant le repose pied : la c'est le repère du beau boulot, du p'tit frisson du presque parfait, de l'angle accompli !
26-08-2025 09:50Souvent on peut pas le faire : pas sec ?, gravillons ?, sortie de route ou chemin à droite donc véhicule possible ?, visibilité insuffisante ?, sécurité.
Mais quand c'est clair : go.
Après plus de 45 ans de permis, je calcule encore et encore, y en a des paramètres ! Chaud, froid, sec, humide, poussiéreux, trous, bosses ,gravillons, changement de bitumes, priorité, bandes de peintures, sortie de véhicule, passage de troupeau, de piétons ,de vélos ... plus je roule plus je calcule et pourtant j'étais nul en maths
Les virages ?
26-08-2025 11:14Bof.
Je me cale à 80 km/h sur une route droite bien dégagée en campagne, belle vue devant moi, beaux paysages, j'en viens à relever la visière pour mettre le tarin à l'air.
Au loin, des phares monos donc un coucou à faire au motard qui arrive.
Encore plus loin, les montagne bleuies.
Putaing, que ça fait du bien.
Une jolie courbe plus loin, et je continue à cruiser soft.
Papy.
V
[www.caradisiac.com]
26-08-2025 11:21"Les résultats sont sans appel : les motards ont montré des progrès notables en mémoire,attention et flexibilité mentale, tandis que le groupe témoin n’a observé aucun changement significatif.
En somme, la conduite d’une moto agit comme une véritable stimulation cérébrale".
Donc, nous sommes l'élite de nos routes !
Au sujet de l'article, il y a un point que j'ai relevé depuis longtemps : un long trajet à moto est plus fatigant physiquement, mais beaucoup moins nerveusement qu'un même trajet en voiture.
Le week-end dernier j'étais sur les routes en duo avec ma brune, bagages pleins. Je faisais un trajet que je connais par c½ur et je roulais différemment bien sûr pour qu'elle profite pleinement de ce moment. Pas d'à coup, d'accélération brusque, du frein moteur et de la délicatesse. On était amoureux comme la première fois qu'elle est montée sur mon scooter. C'est vrai tout ce qu'il y a d'écrit, y compris cette forme de solidarité que d'aucun pensent perdue. Quand on la cherche ou qu'on la provoque, elle s'active assez rapidement.
26-08-2025 12:16La moto ne rend pas plus intelligent. Il suffi de voir le ramassis de cons qui confonde routes ouvertes et circuits. La balade touristico-sportive, OK mais pour le reste, risque sa vie qui veut !! Jean-Paul Sartre avait raison : L'enfer c'est les autres !!
26-08-2025 15:36En somme une voiture se conduit, quand une moto se pilote.
26-08-2025 16:11Je vais encadrer ta réflexion fift : tu mets le doigt sur quelque-chose que j'avais remarqué sans vraiment mettre de mots dessus.
Cela me remet à la mémoire mes vacances de l'année dernière.
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Puis PAF la guêpe sur le haut de la joue.
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Première fois que cela m'arrive de faire une allergie.
Terminados les vacances temporairement, rentrage à la maison tant que c'était possible avec la tête d'éléphant-man.
Pourtant j'en ai fait des kilomètres sans visière, jusqu'à celui là.
Bonne journée 26-08-2025 16:21
Pas de chance, sur ce coup là, monsieur Alf.
Normalement, je suis tranquille, j'ai une visière solaire dans mon casque et je roule presque toujours grand soleil, donc visière interne down.
Je croise les doigts
Papy
V 26-08-2025 17:28
Bonjour,
26-08-2025 20:37Sous la joue, c'êtait ma pommette.
Juste en dessous du niveau d'une visière solaire.
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Mais je ne vais pas donner de leçon, je me suis fait avoir plusieurs fois, jusqu'au moment où mon corps a décidé que c'était assez.
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Bonne journée
Bonjour,
26-08-2025 20:43Une seconde.... Papy Moustache ?
Tu n'es pas Breton central expatrié vers le Sud-Sud-Ouest-Ouest ?
Si c'est toi tu comprendras, si ce n'est pas toi ce n'est pas grave.
Bonne journée
Je ne sais si la moto rend intelligent en tout cas elle entretient les réflexes.
26-08-2025 21:05Je roule indifféremment sur n'importe qu'elle bécane et n'importe qu'elle puissance sauf les sportives, les sportives ça me gave car on ne profite pas assez du paysage à mon goût et elle enrichit mon ostéopathe.
Un guidon droit, une position droite, pour moi le trail c'est génial, confort et ça passe partout.
Reste les virages, bah je suis pas trop mal loti entre la Normandie, la Haute Loire et les départements voisins.
Par contre il y a des départements et je ne voudrais vexer personne, mais qu'est qu'on s'emmerde.
J'allais mettre le lien!
Effectivement, nous sommes l'élite, on n'y peut rien c'est comme ça.
Bonjour,
26-08-2025 23:09En fait,
Les virages affûtent vraiment l'esprit quand tes pneus sont réellement affûtés.
Bonne journée
La même qu'on trouve dans les campings bleus/rouges/... du Mans ou du Castellet?
Quant à la fatigue en moto: bah oui, un habitacle de voiture est incomparablement plus silencieux, et le seul effort qu'a à faire le corps est d'appuyer sur une pédale ou deux, et tenir un cerceau. Pas de vent à contrer avec les cervicales, l'équilibre aux arrêts, les mouvements du rachis dans les virages, etc...
Niveau concentration, quand je roule en voiture comme en moto, j'ai la même concentration... ptet parce que j'ai commencé le 2RM bien avant la bagnole? 27-08-2025 00:34
Inex, ouais, le physique finit par parler à ta place, avant et il n'y a pas si longtemps je me tapais des étapes de 800 bornes sans trop de problème et depuis cette année je fais 400 et 400.
27-08-2025 07:53Ca a commencé cette année par des micros crampes et une un peu plus sévère alors je me ménage désormais.
Je bois pas mal d'eau avec du magnésium et je fais des arrêts tous les 150 bornes mais contre l'usure du temps, il n'y a pas grand chose à faire.
Et comme je ne veux pas gâcher mon plaisir, je compose.
Pour les crampes, j'ai repris un peu le sport : vélo ( vtt suspendu quand même)
27-08-2025 10:09Autre avantage, quand tu passes du vélo à la moto, la selle c'est un canapé !
La moto ça ne t'imprime pas des souvenirs, ça te les grave dans le marbre!
27-08-2025 10:20Le combo vélo/moto est effectivement intéressant pour être affuté . A Toulouse, le vélo est le mode de déplacement le plus efficace en intra-muros. Pour les autres trajets la moto est le plus ludique, la voiture le plus pratique pour déplacer une famille avec bagages. Depuis deux ans, je fais des exercices de renforcement musculaire et d'étirement au niveau des mains, avant-bras, épaules et dos et c'est efficace contre les crampes ou les tensions musculaires sur des longs trajets moto. Il faut juste un peu de discipline car la rigidité revient vite.
27-08-2025 11:48Cela fait bien longtemps que je me suis aperçu que le combo vélo, VTT, moto affûte l'ensemble de l'équilibre dynamique, des relations espace/temps et des sens. A 67 ans, je n'ai pas beaucoup baissé, je suis plus prudent et comme dit plus haut les journées à 800 bornes c'est fini. Je n'ai plus le temps de passer 6 mois à l'hosto pour récupérer d'une imprudence. Attention, je ne me flatte pas, simplement je fais le maximum pour pouvoir encore emmener mes 240kg mais je suis sans illusion l'âge est là. Et demain je peux m'en coller une définitive. Autant partir aux fleurs en bonne santé.
27-08-2025 12:01Les virages, cela affûte en premier lieu les cale pieds !
27-08-2025 12:17Pour ce qui concerne l'esprit rien n'est moins sûr.
Les scootéristes parisiens devant prendre en compte en supplément les nuées de prédateurs qui les entourent ne me paraissent pas plus intelligent...
Les scootéristes et motards parisiens (ou toulousains ou marseillés) ne sont ils pas une catégorie à part?
27-08-2025 13:11Salut
C'est sûr qu'à velo, si ça touche, tu en prends une....V 27-08-2025 20:51
Oui je rejoins picabia car si je n'habitait pas près du Luxembourg, je n'aurais pas changé de moto. Pourtant, le Luxembourg belge est joli mais rien ne vaut le nord du GDL. Un paradis pour motards !!
28-08-2025 11:06Picabia moi c'est l'inverse : j'ai une sciatique chronique dont je n'arrive pas à me défaire. Et ce qui arrive à me soulager au fil des kilomètres c'est... la RS réglé bout de bois
(par contre la voiture peut être une torture). Je pense que c'est parce qu'il faut gainer, qu'il faut être mobile, que les jambes forment un angle plus ouvert avec le rachis, et les chocs routiers ne sont pas encaissés dans l'axe du rachis...

28-08-2025 11:46Là, je viens de faire 800km de bagnole, je suis sous anti inflammatoire, c'est malin!
Salut
28-08-2025 12:27Vous savez que les bilans gériatriques sont remboursées à 100 %
V
Concernant, l'esprit, je n'ai aucune certitude de l'apport de la moto.

28-08-2025 12:42En revanche, je sais que la moto maintient vivant :
Il y a bien longtemps, un ami plus âgé m'avait dit "A partir de 50 ans, si tu te réveilles le matin sans avoir mal quelque part, c'est que tu es mort"
Depuis que j'ai passé cette limite, non seulement je me réveille de plus en plus vivant alors que le temps passe... mais lorsque j'ai fait un long trajet en moto la veille, je me réveille "vivant" comme jamais!
Alors vive la moto qui affute l'esprit et maintien vivant
Visiblement tu es bien renseigné
Bonjour à tous
28-08-2025 16:54" ça casse le dos " " ça plombe le dos "...Hein ? Mais nom de Zeus ! Quan d je lis ça, je bondis! Comme si c'était normal d'avoir mal au dos !!
C'est aux motards d'exiger des constructeurs une ergonomie correcte et des suspensions au top confort ! En bref, les motos casse-dos doivent être bruyamment dénoncées par les essayeurs ! Une colonne vertébrale, on en a qu'une et on peut en souffrir toute sa vie !
Je penche, donc je suis...( Joe Bar Team, pour ceux qui ne connaissent pas les grands classiques )