« Propice à la méditation »
Le profond rapport de Sylvain Tesson à la moto
À peine la fraîcheur de l’air du soir se fait ressentir que Sylvain Tesson confesse : « C’est mon vice caché, la moto ». En marge du salon du deux-roues de Lyon, je m’entretiens avec lui et Thomas Goisque, le photographe avec qui il a vécu quelques aventures. S’ils chevauchent tous deux des machines dans des ouvrages et films, quelle place a la moto dans leurs vies ?
« Ce n’est pas constitutif de moi, comme peut l’être l’escalade », continue-t-il, « mais j’ai de l’affection pour la moto, c’est à mon sens le moyen le plus propice à la méditation, c’est la bonne vitesse, le défilement est hypnotique ». Il faut dire que Sylvain Tesson aime allier passion pour la poésie et conduite. Lors d’un voyage en Syrie, il trouve l’espace millimétré sur son porte-carte pour y placer un un recueil de poèmes en édition poche « à mon avis, c’était fait pour » plaisante-t-il. « je confirme, on peut lire en conduisant ». Très vite, je comprends que les obligations légales ne l’intéressent pas. « Le casque, on le subit, ça coupe des autres. Quand tu arrives dans un pays et que tu portes un casque, je trouve que c’est insultant ». Même s’il regarde cette coque en biais, il lui concède un avantage : on y médite mieux, dans sa bulle.
Cette insolence adressée aux règles parle d’elle-même. À chaque fois que Sylvain Tesson anecdote, on ne peut se retenir de sourire, car il y a une part de cliché, celui du motard révolté contre le monde : « La moto, c’est un rêve, un sentiment de liberté pour s’échapper de la réalité bureaucrate, du monde techno-marchand ». Ce moteur qu’on maîtrise d’un coup de poignet, il n’est pas près d’y renoncer : « C’est un petit cosmos qui baigne dans l’huile, j’ai l’impression d’être aux commandes d’un univers ».
« Sans se connaître, on voyageait en side-car chacun de son côté »
Thomas Goisque est photographe. Il a réalisé les clichés de plusieurs aventures avec Sylvain. « Au début, j’utilisais la moto au Vietnam pour accéder à des endroits reculés, c’était un outil de travail pour mes clichés », m’explique-t-il. Et sans se connaître, ils se trouvent « on s’est rendu compte qu’on avait vécu des aventures mémorables en side-car chacun de notre côté ». Alors des idées se concrétisent, comme « la moto viticole, avec un caisson thermique pouvant contenir 120 bouteilles » - l’abus d’alcool nuit à la santé. Cette expérience ne les a pas lassés de courir après la désinhibition, attablés devant moi avec un ballon de rouge.
Pour Thomas, capturer leurs aventures coule de source : « Le monde est devant nous, on suit l’histoire. » Malgré tout, il aime s’y reprendre à plusieurs fois pour faire le bon déclenchement : « Au début, c’était parfois cinq prises, mais maintenant, Sylvain part au bout de deux, car il en a marre. » Rires de la tablée.
Avant de partir, je m’enquiers tout de même de savoir s’il y a un rapport entre la moto et le dernier ouvrage de Sylvain, Les Piliers de la mer (Albin Michel, 2026). « Aucun », me répond-il. Sa conférence au salon du deux-roues et sa présence à pour les 20 ans de l’agence de voyage Vintage Rides était donc aussi pour le plaisir.




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